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Titre du livre d’André Comte-Sponville et de sa conférence donnée à l’ESSCA le 18 février 2010 à Paris.
C’est sur cette épineuse question que le philosophe a suscité la réflexion des étudiants de l’école, les faisant réfléchir en introduction sur ce concept qui le remplit de perplexité « d'éthique d'entreprise », venue des Etats-Unis ; l'éthique, dit-il, est bien performante et fait vendre. Perplexité parce que ce serait bien la première fois que la vertu ferait gagner de l'argent. |
| Au travers d’anecdotes amusantes, le philosophe a démontré que l’action morale en tant que conforme à la morale mais accomplie par intérêt n'a aucune valeur morale, puisque le propre de la morale est le désintéressement. |
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L’assistance est interpellée : « Imaginez la réaction d'un physicien qui vous expliquerait la grande équation d'Einstein, E=mc2, et à qui l'un d'entre vous objecterait que cela n'est pas très moral puisque cela fait exploser des bombes atomiques : il répondrait que vous ne parlez pas de la même chose ». Le postulat de départ d'André Comte-Sponville est que notre société est régie selon quatre ordres dont la confusion est facile, inepte et dangereuse :
1. L'ordre techno-économico-scientifique : la biologie peut dire quelles sont les manipulations génétiques techniquement possibles, mais il n'est pas de son domaine de dire lesquelles sont permises. Même raisonnement pour l'économie de marché. Laissé à sa seule spontanéité, le principe est que tout le possible sera fait. Or le possible devient aujourd'hui très effrayant. Il est donc nécessaire de limiter cet ordre techno-scientifique, et de le limiter de l'extérieur, puisqu'il est incapable de se limiter lui-même. Cet ordre ne peut pas être moral en soi, ce n’est pas son propos.
2. L'ordre politico-juridique : celui de la loi et de la justice, structuré intérieurement par l'opposition le légal et l'illégal. André Comte-Sponville, de façon caustique, montre qu’un individu qui respecterait scrupuleusement la légalité du pays dans lequel il se trouve, mais s'en contenterait, pourrait parfaitement mentir, faire preuve d'égoïsme, et de méchanceté. Nous aurions là un « salaud » légaliste, qui de plus pourrait être également scientifiquement compétent. L’ordre politico-juridique n’est pas moral en soi.
Stimulant la réflexion, André Comte-Sponville raconte que professeur à la Sorbonne, il a proposé comme sujet de dissertation de philosophie politique « le peuple a-t-il tous les droits ? ». La quasi-totalité des étudiants ont répondu qu'en démocratie, le peuple est souverain, et qu'il a donc tous les droits, puisque c'est lui qui fait le droit. La conclusion logique de cette position est que le peuple a le droit de prendre des mesures antidémocratiques…
3. L'ordre de la morale : celui qui vient limiter celui de la politique et de la justice, structuré intérieurement par l'opposition du bien et du mal, du devoir et de l'interdit. Il semble que la morale n'a pas à être limitée : comment pourrait-on être trop moral ? Mais elle doit être complétée, car elle est insuffisante. Un individu qui ferait toujours son devoir, et seulement son devoir, serait un pharisien, il lui manque une dimension peut-être essentielle : l'amour.
4. L'ordre de l'amour : celui qui ne limite pas à l'ordre de la morale, mais le complète. Que placer au-dessus de l'amour ? Un croyant pourrait répondre l'ordre du divin, qui assurerait la cohésion de l'ensemble. De toute façon, l'amour infini n'est pas à craindre.
Prétendre que le capitalisme est moral serait donc prétendre que le premier ordre serait soumis au troisième, ce qui paraît exclu par la structuration interne de chacun de ces ordres : le possible et l'impossible n'ont que faire du bien et du mal. Ainsi le capitalisme n’est ni moral, ni immoral, il est radicalement et définitivement amoral. Si nous voulons qu'il y ait une morale dans une société capitaliste, cette morale doit venir d'ailleurs que du marché.
Ce discours a évidemment suscité de nombreuses questions et réactions. Que l’on adhère ou non, la réflexion bouscule un certain nombre d’idées reçues.